À cinq jours de l'ouverture des championnats du monde sur route de Montréal, qui se disputeront du dimanche 20 au dimanche 27 septembre 2026, la liste des absents s'allonge et le tableau tricolore se précise. Le Danois Mattias Skjelmose (Lidl-Trek) a renoncé lundi 14 septembre à la course en ligne élite, épuisé au sortir de la Vuelta : « mon corps n'en peut plus », a-t-il expliqué à son sélectionneur Michael Mørkøv, qui l'a remplacé par Anthon Charmig (Uno-X Mobility). Côté français, Jordan Jegat (TotalEnergies) a été appelé lundi matin par Thomas Voeckler pour remplacer Louis Barré (Intermarché-Wanty), victime d'une fracture du poignet gauche lors d'une chute à l'entraînement le jeudi 10 septembre. Paul Seixas, 19 ans et quatrième du dernier Tour de France, reste le leader annoncé de l'équipe de France sur le contre-la-montre du 20 septembre puis sur la course en ligne du dimanche 27 septembre, 273,7 kilomètres et 3 803 mètres de dénivelé entre Brossard et le mont Royal. Chez les femmes, la championne de France Célia Géry, 20 ans, conduira un collectif de haut vol le samedi 26 septembre. Le même lundi, le mercato a fait deux victimes chez Decathlon CMA CGM : Felix Gall, troisième de la Vuelta et deuxième du Giro 2026, et son équipier Gregor Mühlberger rejoignent Lidl-Trek, le premier pour trois ans. Et la saison continue sur les routes : le Skoda Tour de Luxembourg s'élance mercredi 16 septembre avec Mathieu van der Poel en attraction. Programme complet des 13 épreuves mondiales, parcours, sélections, forfaits, mercato — et le guide pratique du jour : l'affûtage, ou comment arriver frais le jour de son objectif.
- Mondiaux de Montréal : du dimanche 20 au dimanche 27 septembre 2026, 13 titres mis en jeu (6 contre-la-montre individuels, 1 relais mixte, 6 courses en ligne), toutes les arrivées jugées avenue du Parc, au pied du mont Royal.
- Course en ligne Hommes Élite, dimanche 27 septembre, 9 h 00 : 273,7 km et 3 803 m de dénivelé, départ de Brossard, 12 tours du circuit final de 13,4 km.
- Course en ligne Femmes Élite, samedi 26 septembre, 9 h 00 : 180,4 km et 2 570 m de dénivelé, même départ, 8 tours du circuit final.
- Contre-la-montre Élite, dimanche 20 septembre : 39,2 km et 220 m de dénivelé (femmes à 9 h 00, hommes à 12 h 45), par le Vieux-Montréal, le circuit Gilles-Villeneuve et le parc Jean-Drapeau.
- France, Hommes Élite : Paul Seixas, Pavel Sivakov, Bruno Armirail, Jordan Labrosse, Valentin Paret-Peintre, Jordan Jegat, Nicolas Prodhomme et Alex Baudin.
- France, Femmes Élite : Célia Géry, Juliette Berthet, Léa Curinier, Marie Le Net, Evita Muzic, Cédrine Kerbaol et Maëva Squiban.
- Forfaits : Louis Barré (fracture du poignet gauche, remplacé par Jordan Jegat) et Mattias Skjelmose (fatigue, remplacé par Anthon Charmig).
- Mercato du 14-15 septembre : Felix Gall (3 ans) et Gregor Mühlberger quittent Decathlon CMA CGM pour Lidl-Trek ; Cédrine Kerbaol quitte EF Education pour SD Worx-Protime, d'où Blanka Vas part avec effet immédiat.
- Skoda Tour de Luxembourg : 86e édition du mercredi 16 au dimanche 20 septembre, cinq étapes dont un contre-la-montre de 20,4 km le samedi, avec Mathieu van der Poel.
- Côté pratique : l'affûtage — ce que disent les méta-analyses, de combien réduire le volume, sur combien de jours, et les quatre erreurs qui gâchent une saison entière dans la dernière semaine.
Mondiaux de Montréal : le programme officiel des 13 épreuves, jour par jour
Les championnats du monde sur route reviennent en Amérique du Nord pour la première fois depuis Richmond, aux États-Unis, en 2015. Du dimanche 20 au dimanche 27 septembre, Montréal et huit municipalités de la Montérégie accueillent treize épreuves : six contre-la-montre individuels, un relais mixte par équipes et six courses en ligne, du niveau junior à l'élite. Le programme officiel publié par le comité d'organisation donne les horaires locaux — le Québec est en heure avancée de l'Est, soit six heures de moins que la France métropolitaine : un départ à 9 h 00 à Montréal, c'est 15 h 00 en France.
Toutes les épreuves se terminent au même endroit, avenue du Parc, au pied du mont Royal, sur le faux plat montant qui sert déjà d'arrivée au Grand Prix cycliste de Montréal chaque année. Le circuit final, long de 13,4 kilomètres pour 269 mètres de dénivelé positif, est celui que les professionnels connaissent par cœur.
| Date | Épreuve | Départ | Distance | Dénivelé |
|---|---|---|---|---|
| Dim. 20 septembre | Femmes Élite — contre-la-montre | 9 h 00 | 39,2 km | 220 m |
| Dim. 20 septembre | Hommes Élite — contre-la-montre | 12 h 45 | 39,2 km | 220 m |
| Lun. 21 septembre | Femmes U23 — contre-la-montre | 9 h 00 | 20,3 km | 145 m |
| Lun. 21 septembre | Hommes U23 — contre-la-montre | 12 h 00 | 31,3 km | 197 m |
| Mar. 22 septembre | Relais mixte — contre-la-montre par équipes | 8 h 30 | 40,6 km | 290 m |
| Mar. 22 septembre | Hommes Junior — contre-la-montre | 12 h 15 | 20,3 km | 145 m |
| Mar. 22 septembre | Femmes Junior — contre-la-montre | 15 h 15 | 10,7 km | 91 m |
| Jeu. 24 septembre | Femmes U23 — course en ligne | 9 h 00 | 134 km | 2 690 m |
| Jeu. 24 septembre | Hommes Junior — course en ligne | 13 h 30 | 134 km | 2 690 m |
| Ven. 25 septembre | Hommes U23 — course en ligne | 9 h 00 | 174,2 km | 3 497 m |
| Ven. 25 septembre | Femmes Junior — course en ligne | 14 h 15 | 80,4 km | 1 614 m |
| Sam. 26 septembre | Femmes Élite — course en ligne | 9 h 00 | 180,4 km | 2 570 m |
| Dim. 27 septembre | Hommes Élite — course en ligne | 9 h 00 | 273,7 km | 3 803 m |
Le parcours : une longue approche exposée au vent, puis le mont Royal douze fois
Le tracé des courses en ligne élite se lit en deux temps. Les coureurs partent de Brossard, traversent huit municipalités de la Montérégie — Carignan, Chambly, Mont-Saint-Hilaire, Richelieu, Saint-Jean-Baptiste, Saint-Jean-sur-Richelieu et Saint-Mathias-sur-Richelieu — puis franchissent le pont Samuel-De Champlain au-dessus du Saint-Laurent pour rejoindre Montréal et le circuit du mont Royal.
Cette première partie est plate, mais les entraîneurs de l'équipe de France ne la considèrent pas comme anodine : le dénivelé est presque entièrement concentré sur les tours du circuit final, et la portion en Montérégie est largement exposée au vent, explique la Fédération française de cyclisme. Une bordure sur des terres agricoles à 120 kilomètres de l'arrivée peut donc décider d'un titre mondial avant même que le peloton n'ait vu la première bosse.
Le circuit, ensuite, est un enchaînement connu : la voie Camillien-Houde, 2,3 kilomètres à 6,2 % de moyenne, le chemin de la Polytechnique avec des passages à plus de 11 %, et le faux plat montant de l'avenue du Parc où l'arrivée est jugée. Les femmes en font huit tours, les hommes douze. « Le parcours peut ne pas être si difficile, mais peut aussi l'être à l'extrême si la course est engagée, car alors il n'y a pas de temps de récupération », résume Thomas Voeckler. Traduction : le classement ne se fera pas sur une seule ascension, mais sur l'accumulation — exactement la logique que tout cycliste amateur retrouve sur un parcours de cyclosportive à bosses répétées, où ce n'est jamais la première montée qui fait mal.
Un point mérite d'être souligné, et la FFC le fait elle-même : les coureurs connaissent le circuit par le Grand Prix cycliste de Montréal, disputé chaque année, mais un championnat du monde se court dans des conditions radicalement différentes — équipes nationales de tailles inégales, pas d'oreillettes tactiques d'équipe de marque, course beaucoup plus longue. La comparaison a donc ses limites. Le contre-la-montre élite, lui, emprunte un parcours de 39,2 kilomètres pour seulement 220 mètres de dénivelé, par le Vieux-Montréal, le circuit Gilles-Villeneuve et le parc Jean-Drapeau : un tracé rapide, pour rouleurs.
La sélection française : Seixas et Géry en leaders, Jegat appelé en urgence
Thomas Voeckler, chez les hommes, et Paul Brousse, chez les femmes, ont dévoilé le vendredi 11 septembre une délégation française présente dans l'ensemble des catégories, des juniors à l'élite. Le nom qui concentre l'attention est celui de Paul Seixas. À 19 ans, le coureur de Decathlon CMA CGM sort d'un premier grand tour remarquable — quatrième du Tour de France 2026, deuxième du classement des jeunes, troisième de la 14e étape au Markstein, où il avait pris le maillot blanc. Il disputera le contre-la-montre du 20 septembre puis la course en ligne du 27, un profil de grimpeur-puncheur qui correspond au tracé montréalais.
Le collectif autour de lui a changé au dernier moment. Louis Barré (Intermarché-Wanty), retenu dans la première liste, a chuté à l'entraînement le jeudi 10 septembre, avant le Grand Prix de Québec, et souffre d'une fracture du poignet gauche. Thomas Voeckler a appelé Jordan Jegat le lundi 14 septembre au matin pour le remplacer. Le Breton de 27 ans, coureur de TotalEnergies et futur coureur de Lidl-Trek, arrive avec de solides références : dixième des deux dernières éditions du Tour de France, deuxième du Tour de Toscane il y a quelques jours. Il devait s'envoler pour le Canada dès ce mardi 15 septembre, avec Pavel Sivakov, Bruno Armirail, Valentin Paret-Peintre et Jordan Labrosse, tous quatre sortis de la Vuelta ; Nicolas Prodhomme, Alex Baudin et Paul Seixas sont déjà sur place après le Grand Prix de Montréal.
Chez les femmes, Célia Géry tiendra le rôle central. À 20 ans, la coureuse ardéchoise de FDJ United-Suez a enchaîné en 2026 le titre national de cyclo-cross, le titre national sur route à La Tour-du-Pin en juin et une première participation au Tour de France Femmes. Sur un parcours qui ne laissera guère de chance aux pures sprinteuses, elle sera la leader désignée, entourée d'Evita Muzic, Marie Le Net, Léa Curinier, Juliette Berthet, Cédrine Kerbaol et Maëva Squiban. Pauline Ferrand-Prévôt ne figure pas dans la sélection pour la course en ligne.
La France nourrit enfin de vraies ambitions sur le relais mixte, disputé le mardi 22 septembre sur 40,6 kilomètres. Médaillée d'argent à Glasgow en 2023 et championne d'Europe en 2025 en Drôme-Ardèche, l'équipe de France alignera Juliette Berthet, Marion Borras et Cédrine Kerbaol chez les femmes, Bruno Armirail, Rémi Cavagna et Jordan Labrosse chez les hommes. « Nous avons manqué la victoire de peu, de 7 secondes à Glasgow et de 4 à l'Europe : sur une heure d'effort, c'est assez peu », rappelle Paul Brousse.
| Catégorie | Course en ligne | Contre-la-montre |
|---|---|---|
| Hommes Élite | Paul Seixas, Pavel Sivakov, Bruno Armirail, Jordan Labrosse, Valentin Paret-Peintre, Jordan Jegat, Nicolas Prodhomme, Alex Baudin | Paul Seixas, Bruno Armirail |
| Femmes Élite | Célia Géry, Juliette Berthet, Léa Curinier, Marie Le Net, Evita Muzic, Cédrine Kerbaol, Maëva Squiban | Juliette Berthet, Cédrine Kerbaol |
| Relais mixte | Juliette Berthet, Marion Borras, Cédrine Kerbaol / Bruno Armirail, Rémi Cavagna, Jordan Labrosse | |
| Femmes U23 | Julie Bego, Marion Bunel, Ema Comte, Amandine Muller, Titia Ryo | Amandine Muller |
| Hommes U23 | Aubin Sparfel, Rémi Arsac, Pierre-Henri Basset, Victor Loulergue, Ugo Fabries, Timothée Coudière-Cantin | Arthur Blaise |
| Femmes Junior | Justine Baud, Thaïs Poirier, Lise Revol, Sidonie Vachet | — (pas de sélectionnée) |
| Hommes Junior | Lancelot Gayant, Simon Defrance, Matisse Bonnet, Bastian Lafitte, Célian Rolland | Lancelot Gayant |
Skjelmose renonce : « mon corps n'en peut plus »
La déclaration la plus instructive de ce lundi n'est pas venue d'un sélectionneur, mais d'un coureur de 25 ans qui a choisi de rentrer chez lui. Mattias Skjelmose (Lidl-Trek) a prévenu le sélectionneur danois Michael Mørkøv, avant le départ de la dernière étape de la Vuelta, qu'il renonçait à la course en ligne du 27 septembre. « Ce n'est probablement pas le choix le plus judicieux à l'approche des Mondiaux, mais j'ai annoncé à Michael il y a environ une heure que je devais renoncer, car mon corps n'en peut plus. Je dois donc rentrer chez moi et me reposer un peu. Je ne pense pas être en mesure d'apporter à l'équipe nationale ce que je devrais être capable de lui donner », a-t-il expliqué à la télévision danoise TV2, propos rapportés par Cyclism'Actu.
Les faits lui donnent raison : après un bon Tour de France, le Danois n'a jamais trouvé ses jambes sur la Vuelta, et il a quitté le top 10 du classement général lors de l'avant-dernière étape au Collado del Alguacil, où il a concédé plus de vingt-cinq minutes. Michael Mørkøv a fait appel à Anthon Charmig (Uno-X Mobility), troisième du Grand Prix de Larciano et troisième du Grand Prix de Québec le 11 septembre.
Ce type d'annonce revient chaque année à la même période, et il dit quelque chose d'utile à tous les cyclistes, y compris ceux qui ne courront jamais un championnat du monde : la forme ne se commande pas, et vouloir « tenir » trois semaines de plus que ce que le corps autorise ne produit jamais une bonne performance — seulement une longue dette de récupération. C'est exactement le sujet de la seconde partie de cet article.
Mercato : Gall et Mühlberger quittent Decathlon pour Lidl-Trek, Kerbaol signe chez SD Worx-Protime
Le marché des transferts n'attend pas la fin de saison. Ce mardi 15 septembre au matin, Cyclism'Actu a annoncé le départ de Felix Gall : après cinq saisons passées dans la formation française — successivement AG2R Citroën, Decathlon AG2R puis Decathlon CMA CGM —, l'Autrichien de 28 ans rejoint Lidl-Trek avec un contrat de trois ans. C'est un départ lourd de conséquences : Gall vient de terminer deuxième du Giro d'Italia et troisième de la Vuelta en 2026, et s'est installé parmi les meilleurs grimpeurs du peloton. « Après de belles années et les succès qui les ont accompagnées, il est désormais temps pour moi de franchir une nouvelle étape », a-t-il déclaré.
Il ne part pas seul : Gregor Mühlberger, 32 ans, considéré comme l'un des meilleurs équipiers de montagne du monde, suit son leader et ami chez Lidl-Trek après une seule saison chez Decathlon CMA CGM. « L'essentiel sera d'épauler les leaders au plus haut niveau tout en ayant également l'occasion de jouer ma carte », explique l'Autrichien. Pour l'équipe allemande, qui compte déjà un nombre confortable de leaders, le pari est celui de la profondeur sur les grands tours ; pour Decathlon CMA CGM, qui a par ailleurs annoncé domicilier ses contrats en Suisse, c'est la perte simultanée d'un grimpeur de podium et de son meilleur lieutenant.
Chez les femmes, la même journée a produit un chassé-croisé. Cédrine Kerbaol quitte EF Education pour SD Worx-Protime : « Cela me semble être la prochaine étape logique dans ma carrière », explique la Bretonne, qui cite Lotte Kopecky et Anna van der Breggen en modèles et revendique un style offensif — « je préfère courir de manière spectaculaire et tout donner pour la victoire, quitte à prendre le risque de perdre, plutôt que d'assurer un résultat moyen ». Au même moment, Blanka Vas quitte SD Worx-Protime avec effet immédiat, d'un commun accord après une saison en deçà des attentes des deux parties ; la Hongroise débutera sous ses nouvelles couleurs dès la saison de cyclo-cross.
Skoda Tour de Luxembourg : cinq étapes et un chrono, avec Van der Poel
La saison sur route continue en parallèle des Mondiaux. La 86e édition du Skoda Tour de Luxembourg se dispute du mercredi 16 au dimanche 20 septembre, sur cinq étapes autour de la capitale : quatre journées taillées pour les puncheurs et un contre-la-montre individuel de 20,4 kilomètres le samedi, qui décidera très probablement du classement général.
L'attraction de la semaine s'appelle Mathieu van der Poel (Alpecin). Le Néerlandais y prépare les championnats du monde, et comme aucun favori écrasant ne se dégage de la liste des engagés, il pourrait aussi viser le général. Les principaux opposants annoncés sont Davide Piganzoli (Visma-Lease a Bike), Igor Arrieta (UAE Team Emirates-XRG), Mikkel Honoré (EF Education-EasyPost), Aurélien Paret-Peintre (Decathlon CMA CGM), Jasper Stuyven (Soudal Quick-Step) et Søren Kragh Andersen (Lidl-Trek). Plusieurs équipes françaises sont au départ, dont TotalEnergies et CIC Pro Cycling Academy.
| Date | Étape | Parcours | Distance |
|---|---|---|---|
| Mer. 16 septembre | 1re étape | Luxembourg → Luxembourg | 157,5 km |
| Jeu. 17 septembre | 2e étape | Niederkorn → Junglinster | 166,8 km |
| Ven. 18 septembre | 3e étape | Wiltz → Diekirch | 179,6 km |
| Sam. 19 septembre | 4e étape | Ettelbruck → Ettelbruck (contre-la-montre individuel) | 20,4 km |
| Dim. 20 septembre | 5e étape | Mersch → Luxembourg | 177 km |
Le guide pratique : l'affûtage, ou comment arriver frais le jour J
Voilà le paradoxe que Skjelmose vient d'illustrer en creux, et que Voeckler décrit à sa manière quand il parle de « conserver suffisamment de fraîcheur » : dans les deux dernières semaines avant un objectif, on ne gagne plus de forme, on ne fait que dépenser — ou préserver — celle qu'on a construite pendant des mois. L'affûtage (le taper en anglais) est la période pendant laquelle on réduit délibérément la charge d'entraînement pour laisser la fatigue s'évacuer plus vite que la condition physique ne se perd. C'est la partie de la préparation que les cyclistes amateurs ratent le plus souvent, parce qu'elle demande exactement le contraire de ce que l'instinct commande : rouler moins alors que l'échéance approche.
Le sujet est bien documenté. Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2023 dans PLOS ONE (Wang et coll., 14 études retenues) a comparé les performances d'athlètes d'endurance avant et après affûtage. Résultat : amélioration significative de la performance sur contre-la-montre (différence moyenne standardisée de −0,45 ; plus la valeur est négative, plus le temps réalisé est meilleur) et du temps limite à intensité fixe (+1,28). En revanche — et c'est le point à retenir — aucune amélioration mesurable de la VO2max ni de l'économie de mouvement. L'affûtage ne vous rend pas plus endurant : il vous permet d'exprimer ce que vous aviez déjà.
La méta-analyse détaille ensuite ce qui fonctionne. Réduire le volume hebdomadaire de 41 à 60 % produit le gain le plus net (différence moyenne standardisée de −0,77), tandis que les réductions plus faibles (moins de 40 %) ou plus brutales (plus de 60 %) ne produisent pas d'effet significatif. Maintenir l'intensité est déterminant : les protocoles qui conservent les séances dures obtiennent −0,55, ceux qui les allègent ne progressent pas du tout. Garder le même nombre de sorties par semaine vaut mieux que d'en supprimer. Et la durée optimale se situe entre 8 et 14 jours, l'effet le plus fort de toute l'analyse (−1,47). Ces conclusions recoupent la méta-analyse de référence de Bosquet et ses collègues, publiée en 2007 sur 27 études de coureurs, nageurs et cyclistes, qui pointait déjà la même fenêtre de 8 à 14 jours et la même réduction de 41 à 60 % du volume.
Traduit en langage de cycliste : si vous roulez 10 heures par semaine, votre semaine d'affûtage fait 4 à 6 heures — mais elle contient toujours vos intervalles, simplement moins nombreux et plus courts. Vous ne passez pas de 10 heures à trois sorties café. Et vous ne passez pas non plus de 10 heures à zéro : le repos complet fait perdre en quelques jours ce que l'affûtage cherche précisément à préserver, comme le rappellent les travaux sur le désentraînement.
| Période | Volume | Contenu | Erreur à éviter |
|---|---|---|---|
| J−21 à J−15 dernière semaine de charge | 10 h (100 %) | La semaine la plus dure du cycle : sortie longue, deux séances d'intensité, éventuellement une surcharge volontaire | Ajouter une séance « de rattrapage » parce qu'on a manqué du volume plus tôt : c'est trop tard, la condition ne se construit plus |
| J−14 à J−8 première semaine d'affûtage | 5 à 6 h (−40 à −50 %) | Même nombre de sorties, chacune raccourcie. Une séance d'intensité complète (par exemple 4 × 5 min au seuil), une séance courte avec quelques sprints, le reste en endurance facile | Supprimer l'intensité « pour récupérer » : c'est le seul paramètre que les études montrent qu'il ne faut pas toucher |
| J−7 à J−3 seconde semaine d'affûtage | 3 à 4 h (−60 à −70 % du volume initial) | Sorties de 45 à 75 minutes, une seule séance d'intensité brève (3 × 3 min), sensations de jambes qui reviennent | Tester sa forme sur un segment chronométré : le résultat n'apprend rien et coûte de la fraîcheur |
| J−2 | 1 h | Sortie facile avec 3 × 30 secondes à allure de course pour réveiller le système nerveux | Repos complet deux jours de suite : on arrive « endormi » le jour J |
| J−1 | 30 à 45 min | Déblocage très facile, vérification du vélo, préparation des affaires et de la nutrition | Changer sa selle, ses chaussures, sa position ou son alimentation la veille |
Trois précisions valent d'être ajoutées, parce qu'elles reviennent systématiquement. D'abord, l'affûtage n'a d'intérêt que s'il suit une vraie charge : il doit venir après un bloc de douze à seize semaines d'entraînement construit, sinon il n'y a rien à faire décanter. Ensuite, la méta-analyse de 2023 relève que l'affûtage précédé d'une surcharge volontaire produit des gains plus marqués que l'affûtage classique — mais c'est aussi la stratégie la plus risquée, celle qui peut basculer en surentraînement si la surcharge est mal dosée ; elle est réservée à ceux qui suivent leur charge de près, par exemple avec un suivi de puissance. Enfin, ces protocoles ont été mesurés très majoritairement chez des athlètes entraînés : plus votre volume habituel est faible, moins vous avez de fatigue à évacuer, et plus l'affûtage peut être court — cinq à sept jours suffisent souvent à un cycliste qui roule six heures par semaine.
Et le reste ? Le jour J se prépare aussi en dehors du vélo. Le sommeil des trois dernières nuits compte davantage que celui de la veille, souvent mauvaise et sans conséquence. La stratégie nutritionnelle de l'effort se teste à l'entraînement, jamais le matin de la course. Et si la météo tourne, le home-trainer permet de conserver le format des séances d'affûtage sans improviser. Pour un premier objectif, les repères de préparation restent ceux d'un plan de huit semaines ; pour un événement long en montagne, ceux d'une cyclosportive alpine s'appliquent mieux.
Ce qu'il faut suivre cette semaine
Le calendrier des prochains jours est dense. Le Tour de Luxembourg s'élance mercredi 16 septembre et se termine le dimanche 20, jour où s'ouvrent les Mondiaux par le double contre-la-montre élite. Entre les deux, les sélections nationales continueront de bouger : à une semaine des courses en ligne, les forfaits de dernière minute — chutes, fatigue de fin de saison, maladies — sont la norme plus que l'exception, comme viennent de le montrer coup sur coup Louis Barré et Mattias Skjelmose. Pour les Français, les rendez-vous à cocher sont le contre-la-montre du dimanche 20 septembre à 12 h 45 heure locale (18 h 45 en France) avec Seixas et Armirail, le relais mixte du mardi 22 septembre, puis les deux courses en ligne élite des 26 et 27 septembre. Nous suivrons ici les résultats au fil des jours, comme nous l'avons fait pendant les trois semaines de la Vuelta, et la course féminine mérite une attention particulière au vu du plateau annoncé.
Questions fréquentes
Quand ont lieu les championnats du monde de cyclisme sur route 2026 ?
Du dimanche 20 au dimanche 27 septembre 2026 à Montréal, au Canada, avec treize titres mis en jeu. Le mercredi 23 septembre est une journée sans compétition. Les deux courses en ligne élite ferment le programme : les femmes le samedi 26 septembre à 9 h 00 heure locale (15 h 00 en France), les hommes le dimanche 27 septembre à 9 h 00 également.
Quel est le parcours de la course en ligne hommes élite ?
273,7 kilomètres pour 3 803 mètres de dénivelé positif. Départ de Brossard, traversée de huit municipalités de la Montérégie, franchissement du pont Samuel-De Champlain, puis douze tours du circuit du mont Royal (13,4 km et 269 m de dénivelé par tour), avec la voie Camillien-Houde (2,3 km à 6,2 %), le chemin de la Polytechnique (passages à plus de 11 %) et l'arrivée en faux plat montant avenue du Parc. Les femmes disputent 180,4 km et 2 570 m de dénivelé sur huit tours du même circuit.
Qui compose l'équipe de France pour les Mondiaux de Montréal ?
Chez les hommes élite : Paul Seixas, Pavel Sivakov, Bruno Armirail, Jordan Labrosse, Valentin Paret-Peintre, Jordan Jegat, Nicolas Prodhomme et Alex Baudin, avec Seixas et Armirail également engagés sur le contre-la-montre. Chez les femmes élite : Célia Géry, Juliette Berthet, Léa Curinier, Marie Le Net, Evita Muzic, Cédrine Kerbaol et Maëva Squiban, Berthet et Kerbaol disputant aussi le chrono. Le relais mixte alignera Berthet, Marion Borras et Kerbaol avec Armirail, Rémi Cavagna et Labrosse.
Pourquoi Jordan Jegat remplace-t-il Louis Barré ?
Louis Barré (Intermarché-Wanty) a chuté à l'entraînement le jeudi 10 septembre, avant le Grand Prix de Québec, et souffre d'une fracture du poignet gauche. Thomas Voeckler a appelé Jordan Jegat (TotalEnergies) le lundi 14 septembre au matin. Le Breton de 27 ans, dixième des deux dernières éditions du Tour de France et deuxième du Tour de Toscane, disputait déjà les Mondiaux 2025 au Rwanda, où il avait abandonné.
Combien de temps doit durer un affûtage avant une cyclosportive ?
Les données convergent vers 8 à 14 jours pour un cycliste entraîné : c'est la durée qui produit le gain le plus important dans la méta-analyse publiée en 2023 dans PLOS ONE, comme dans celle de Bosquet et ses collègues en 2007. Un cycliste qui roule peu (moins de six heures par semaine) a moins de fatigue accumulée à évacuer et peut se contenter de cinq à sept jours. Au-delà de trois semaines, l'effet diminue nettement.
De combien faut-il réduire son volume d'entraînement pendant l'affûtage ?
De 41 à 60 % du volume hebdomadaire habituel, progressivement, c'est la fourchette qui produit le gain le plus net dans les deux méta-analyses de référence. Réduire moins ne suffit pas à évacuer la fatigue ; réduire davantage commence à faire perdre de la condition. Concrètement, un cycliste à 10 heures par semaine descend à 5-6 heures la première semaine, puis 3-4 heures la seconde.
Faut-il arrêter les séances d'intensité pendant l'affûtage ?
Non, et c'est l'erreur la plus fréquente. Les analyses par sous-groupes montrent que les protocoles qui maintiennent l'intensité améliorent la performance, tandis que ceux qui la réduisent ne produisent aucun gain significatif. Ce qui baisse, c'est la quantité d'intensité : moins de répétitions, séries plus courtes, mais aux mêmes allures ou puissances. La fréquence des sorties, elle aussi, gagne à rester identique.
L'affûtage améliore-t-il la VO2max ?
Non. La méta-analyse de 2023 ne trouve aucune amélioration significative de la consommation maximale d'oxygène ni de l'économie de mouvement après affûtage. Ce qui s'améliore, c'est la performance réellement mesurée : temps sur contre-la-montre et temps limite à intensité fixe. L'affûtage ne construit pas de forme, il permet d'exprimer celle qui a été construite pendant les mois précédents.
Pourquoi Mattias Skjelmose a-t-il renoncé aux Mondiaux ?
En raison d'une fatigue importante au sortir d'une Vuelta difficile, doublée de problèmes de santé dans les jours précédents. Le coureur danois de Lidl-Trek, 25 ans, a prévenu son sélectionneur Michael Mørkøv avant la dernière étape à Grenade. Il est remplacé par Anthon Charmig (Uno-X Mobility), troisième du Grand Prix de Québec le 11 septembre.
Où en est le mercato à quelques jours des Mondiaux ?
Felix Gall (2e du Giro et 3e de la Vuelta 2026) et son équipier Gregor Mühlberger quittent Decathlon CMA CGM pour Lidl-Trek, Gall pour trois ans. Chez les femmes, Cédrine Kerbaol quitte EF Education pour SD Worx-Protime, équipe que Blanka Vas quitte au même moment avec effet immédiat. Jordan Jegat, appelé en équipe de France, rejoindra lui aussi Lidl-Trek en 2027.