La Vuelta s'élance dans neuf jours et son quadruple vainqueur ne sait toujours pas s'il sera au départ. Percuté par une voiture à l'entraînement fin juillet, Primož Roglič reste annoncé à « 50-50 », et Red Bull-Bora-Hansgrohe ne tranchera qu'après ce week-end. Quelques jours après lui, le mardi 4 août, Yanis Berthoud, espoir suisse de 16 ans de la filière Visma | Lease a Bike, a percuté l'arrière d'une voiture lors d'un exercice de contre-la-montre : touché à la moelle épinière, il se bat aujourd'hui au Centre suisse des paraplégiques de Nottwil. Deux accidents en une semaine qui rappellent une réalité valable bien au-delà du peloton professionnel : en 2025, 235 cyclistes ont été tués sur les routes françaises, un chiffre en hausse de près de 5 %. Choix des routes et des horaires, visibilité, technologie, bons réflexes en cas d'accident : voici, concrètement, comment réduire les risques quand on s'entraîne sur route ouverte.

  • Primož Roglič percuté par une voiture à l'entraînement fin juillet : forfait à San Sebastián et Burgos, participation à la Vuelta (départ le 22 août à Monaco) évaluée à « 50-50 », décision attendue après le week-end du 15-16 août.
  • Yanis Berthoud, 16 ans (JEGG-SKIL-DJR, l'équipe juniors liée à Visma | Lease a Bike), a percuté une voiture le 4 août lors d'un exercice de contre-la-montre : lésions aux cervicales, au thorax et à la moelle épinière, une paraplégie est redoutée.
  • 235 cyclistes tués en France en 2025 (+4,9 %) et environ 2 800 blessés graves (+9 %) ; la mortalité cycliste bondit de 22 % hors agglomération, là où l'on s'entraîne.
  • La loi impose 1 m en ville et 1,50 m hors agglomération pour dépasser un cycliste (article R414-4 du Code de la route).
  • Réflexes clés : itinéraires à faible trafic, efforts « tête dans le guidon » sur home trainer, éclairage de jour, radar arrière, suivi en direct et itinéraire communiqué à un proche.

Un été qui rappelle la vulnérabilité des cyclistes, de Roglič à un espoir de 16 ans

C'est par une photo d'un énorme hématome à l'arrière de la jambe droite que Primož Roglič a révélé l'accident, le vendredi 31 juillet sur Instagram : « Percuté par une voiture il y a quelques jours… Je ne participerai ni à San Sebastián ni à Burgos, malheureusement. Ce n'est pas le meilleur scénario, mais c'est la vie. » Le Slovène de 36 ans, qui a fait de la Vuelta l'unique grand objectif de sa saison — il vise un cinquième maillot rouge record, alors qu'il partage la marque de quatre victoires avec Roberto Heras —, n'a plus couru depuis les championnats de Slovénie fin juin. Selon Ciro Scognamiglio, de La Gazzetta dello Sport, ses chances de prendre le départ à Monaco le 22 août sont aujourd'hui de « 50-50 » ; sa formation Red Bull-Bora-Hansgrohe ne prendra de décision définitive qu'après ce week-end.

Le second accident est bien plus dramatique. Le mardi 4 août, sur ses routes d'entraînement habituelles en Suisse romande, Yanis Berthoud a percuté l'arrière d'une voiture qu'il n'avait pas vue alors qu'il effectuait un exercice de contre-la-montre. Le Fribourgeois de 16 ans, médaillé d'or du chrono U17 au Festival olympique de la jeunesse européenne en 2025 et recruté par JEGG-SKIL-DJR, l'équipe juniors de la filière Visma | Lease a Bike, n'a pas perdu connaissance, mais a rapidement indiqué ne plus sentir ses jambes. Opéré deux fois au CHUV de Lausanne, il souffre de lésions aux cervicales, au thorax et à la moelle épinière, et a été transféré au Centre suisse des paraplégiques de Nottwil. « Des œdèmes se sont formés, ce qui provoque un gonflement de la moelle épinière. Il faudra plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour qu'ils se résorbent », a expliqué son père Éric à La Liberté. Il est trop tôt pour un diagnostic définitif, mais une paraplégie est redoutée pour celui qui préparait les Mondiaux sur piste U19.

Ces deux cas sont loin d'être isolés. En juillet, l'Américain Brandon McNulty (UAE Team Emirates-XRG) avait été percuté par une voiture en pleine reconnaissance du contre-la-montre du Tour de France, et le 9 août, aux championnats de Belgique U17 à Denderleeuw, une jeune coureuse a violemment heurté une voiture… sur le parcours même de la course. Quand les professionnels, encadrés et expérimentés, ne sont plus à l'abri, le cycliste amateur — qui roule seul, sans voiture ouvreuse, souvent aux mêmes heures que les trajets domicile-travail — a toutes les raisons de repenser sa manière de s'entraîner.

Ce que disent les chiffres : la route hors agglomération tue de plus en plus

Le bilan 2025 de la sécurité routière française est mauvais pour tout le monde — 3 515 tués, en hausse de 2,4 % — mais il l'est particulièrement pour les cyclistes : 235 morts, soit onze de plus qu'en 2024 (+4,9 %), et environ 2 800 blessés graves (+9 %). Le vélo représente 7,2 % des tués sur la route alors qu'il ne pèse qu'environ 2 % du temps de déplacement des Français. Surtout, la géographie du risque a changé : la mortalité cycliste recule de 14 % en agglomération, où les aménagements progressent, mais bondit de 22 % hors agglomération — précisément là où s'entraînent les cyclistes sportifs, sur des départementales où les vitesses de circulation sont élevées et les infrastructures cyclables rares. Autrement dit, la sortie d'entraînement du week-end est statistiquement devenue plus dangereuse, pendant que le vélotaf urbain devenait plus sûr.

Choisir ses routes, ses horaires… et ses exercices

La première protection ne coûte rien : c'est le choix de l'itinéraire. Privilégiez les petites routes à faible trafic, quitte à allonger le parcours, et bannissez les axes que les GPS de voiture recommandent comme itinéraires malins — ce sont les pires. Les applications communautaires (cartes de chaleur Strava, itinéraires « populaires » Komoot) révèlent les routes que les cyclistes locaux plébiscitent, ce qui est rarement un hasard. Côté horaires, évitez les créneaux de pointe (7 h - 9 h et 17 h - 19 h) et méfiez-vous des heures d'éblouissement : un soleil rasant, le matin vers l'est ou le soir vers l'ouest, peut littéralement vous faire disparaître du pare-brise d'un automobiliste. En plein été, sortir tôt reste la bonne stratégie face à la chaleur — nous l'avions détaillé pendant la canicule du Tour de France — mais roulez alors feux allumés, la luminosité étant plus faible.

L'accident de Yanis Berthoud pose enfin la question des exercices spécifiques. Un effort de contre-la-montre, tête baissée sur des prolongateurs, réduit drastiquement le champ de vision et la capacité de réaction : ce type de séance n'a pas sa place sur une route ouverte au trafic. Réservez les efforts maximaux « tête dans le guidon » au home trainer, à un circuit fermé, un anneau ou une voie verte large et dégagée. Sur route, la règle est simple : ne jamais engager un effort qui vous empêche de relever la tête toutes les trois ou quatre secondes, et renoncer aux prolongateurs hors compétition sécurisée.

Être vu : éclairage de jour, tenue et position sur la chaussée

Le premier facteur d'accident en rase campagne reste le « je ne l'avais pas vu ». Or les solutions existent et sont bon marché. Un feu arrière rouge clignotant utilisé en plein jour rend un cycliste détectable à plusieurs centaines de mètres : une étude danoise menée auprès de près de 4 000 cyclistes a mesuré environ 19 % d'accidents en moins chez ceux équipés de feux permanents. Ajoutez des touches de couleurs vives ou fluo (casque, chaussures, chaussettes — les éléments en mouvement attirent l'œil), et la nuit ou par visibilité insuffisante hors agglomération, le gilet rétroréfléchissant devient obligatoire. Sur la chaussée, ne serrez pas l'extrême bord droit : rouler à 50-80 cm du bas-côté vous rend plus visible, vous éloigne des gravillons et incite les automobilistes à un vrai déboîtement plutôt qu'à un dépassement « au ras ». Rappelons que la loi leur impose de laisser 1 m en agglomération et 1,50 m hors agglomération — et que rouler à deux de front est autorisé, à condition de se rabattre en file simple la nuit ou lorsqu'un véhicule annonce son dépassement.

La technologie qui peut sauver : radar arrière, détection d'incident, suivi en direct

Trois outils ont changé la donne ces dernières années. Le radar arrière (type Garmin Varia ou équivalent) détecte les véhicules approchant jusqu'à 140 m et vous alerte sur le compteur : on ne roule plus jamais tout à fait « seul » dos au trafic, et la plupart des utilisateurs ne reviennent jamais en arrière. La détection d'incident, intégrée aux compteurs GPS et à certaines montres, envoie automatiquement votre position à des contacts d'urgence en cas de choc — précieuse quand on est inconscient dans un fossé. Enfin, le suivi en direct (LiveTrack, Beacon Strava…) permet à un proche de savoir en permanence où vous êtes. Aucun de ces gadgets n'empêche un accident, mais tous réduisent le temps avant les secours, qui fait souvent la différence entre un accident grave et un drame. Et la version low-tech reste valable : annoncez toujours votre parcours et votre heure de retour à quelqu'un, emportez téléphone, pièce d'identité et personne à prévenir en cas d'urgence.

Percuté malgré tout : les bons réflexes médicaux et juridiques

Si l'accident survient, la séquence est connue des secouristes : protéger (se mettre hors trafic si possible, faire sécuriser la zone), alerter (112 ou 15), secourir. Ne retirez jamais le casque d'un cycliste inconscient et ne le déplacez pas sauf danger immédiat — les lésions cervicales, comme celles de Yanis Berthoud, peuvent être aggravées par une manipulation. Même après un choc apparemment bénin, consultez : certaines lésions internes ou commotions se révèlent à retardement, et un certificat médical initial est indispensable pour la suite. Juridiquement, relevez l'immatriculation, les coordonnées du conducteur et des témoins, photographiez la scène et déposez plainte en cas de délit de fuite ou de blessures. Bonne nouvelle pour les victimes : la loi Badinter de 1985 indemnise le cycliste percuté par un véhicule motorisé quasi automatiquement, sauf faute inexcusable. Déclarez l'accident à votre assurance sous cinq jours ouvrés, et pensez aux associations d'aide aux victimes ainsi qu'à la protection juridique souvent incluse dans une licence FFC ou FFVélo. Dernier réflexe, matériel celui-là : un casque qui a subi un choc se remplace, toujours, même sans dommage visible.

Et maintenant, quel scénario pour Roglič et la Vuelta ?

Pour Primož Roglič, le compte à rebours est impitoyable : la décision de Red Bull-Bora-Hansgrohe tombera après ce week-end, à une semaine du Grand Départ de Monaco. Son forfait priverait la Vuelta 2026, où Tadej Pogačar visera le seul Grand Tour manquant à son palmarès, de son principal contradicteur — et relancerait les spéculations sur la fin de carrière du Slovène, dont le nom circule déjà du côté de Lotto-Intermarché pour 2027, comme le veut un mercato 2027 déjà bouillant. Quant à Yanis Berthoud, le monde du vélo, de Fribourg à la galaxie Visma, retient son souffle et espère que les œdèmes se résorberont. Son accident, comme celui de Roglič, ne doit pas dissuader de rouler — mais il oblige chacun d'entre nous à s'entraîner plus intelligemment.

FAQ — Sécurité à l'entraînement sur route ouverte

Quelle distance un automobiliste doit-il laisser pour dépasser un cycliste ?

L'article R414-4 du Code de la route impose un écart latéral minimal de 1 mètre en agglomération et de 1,50 mètre hors agglomération. Le non-respect est passible d'une amende de 135 € ; un dépassement dangereux peut être aggravé en mise en danger d'autrui.

Le casque est-il obligatoire à vélo en France ?

Il n'est obligatoire que pour les enfants de moins de 12 ans, conducteurs ou passagers. Il reste très fortement recommandé pour tous : dans les collisions avec un véhicule, il réduit significativement le risque de traumatisme crânien. Après tout choc, un casque doit être remplacé, même sans fissure visible.

A-t-on le droit de rouler à deux de front à l'entraînement ?

Oui, le Code de la route l'autorise. Vous devez en revanche vous rabattre en file simple dès la tombée de la nuit, ainsi que lorsqu'un véhicule voulant vous dépasser annonce son approche, ou quand les circonstances l'exigent (chaussée étroite, visibilité réduite).

Que faire immédiatement si l'on est percuté par un véhicule ?

Protéger, alerter (112), secourir. Relevez l'immatriculation et les témoins, photographiez la scène, consultez un médecin même sans douleur apparente et déclarez l'accident à votre assurance sous cinq jours ouvrés. La loi Badinter garantit au cycliste percuté par un véhicule motorisé une indemnisation quasi automatique de ses dommages corporels.

Les feux allumés en plein jour servent-ils vraiment à quelque chose ?

Oui. Une étude danoise portant sur près de 4 000 cyclistes a mesuré environ 19 % d'accidents en moins chez ceux roulant feux allumés en permanence. Un feu arrière rouge clignotant, visible à plusieurs centaines de mètres, est l'un des meilleurs investissements sécurité qui soient, pour quelques dizaines d'euros.

Sources : Cyclingnews, Cycling Weekly, Cyclism'Actu, La Liberté, LegiPermis / bilan ONISR 2025, La Libre.